{"id":229,"date":"2026-04-03T11:08:00","date_gmt":"2026-04-03T11:08:00","guid":{"rendered":"https:\/\/brette.biz\/tropdamour\/?p=229"},"modified":"2026-04-03T11:08:01","modified_gmt":"2026-04-03T11:08:01","slug":"lessentiel-qui-nous-manque-et-qui-donne-du-sens-a-lexistence-le-poetique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.brette.biz\/tropdamour\/lessentiel-qui-nous-manque-et-qui-donne-du-sens-a-lexistence-le-poetique\/","title":{"rendered":"l&rsquo;essentiel qui nous manque et qui donne du sens \u00e0 l&rsquo;existence : le po\u00e9tique"},"content":{"rendered":"\n<p>l&rsquo;essentiel qui nous manque et qui donne du sens \u00e0 l&rsquo;existence : le po\u00e9tique<\/p>\n\n\n\n<p>Martinique Guadeloupe Guyane R\u00e9union<br>Ernest BRELEUR<br>Patrick CHAMOISEAU<br>Serge DOMI<br>G\u00e9rard DELVER<br>Edouard GLISSANT<br><br>Guillaume PIGEARD DE GURBERT<br>Olivier PORTECOP<br>Olivier PULVAR<br>Jean-Claude WILLIAM<br><strong>Manifeste pour les \u201cproduits\u201d de haute n\u00e9cessit\u00e9<\/strong><br><br>\u00a0\u00bb Au moment o\u00f9 le ma\u00eetre, le colonisateur proclament \u00a0\u00bb il n&rsquo;y a jamais eu de peuple ici \u00ab\u00a0, le peuple qui manque est un devenir, il s&rsquo;invente, dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos, dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art n\u00e9cessairement politique doit contribuer<br>Gilles Deleuze<br>L&rsquo;image-temps<br>Cela ne peut signifier qu&rsquo;une chose&nbsp;: non pas qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de route pour en sortir, mais que l&rsquo;heure est venue d&rsquo;abandonner toutes les vieilles routes.<br>Aim\u00e9 C\u00e9saire<br>Lettre \u00e0 Maurice Thorez<br><br>C&rsquo;est en solidarit\u00e9 pleine et sans r\u00e9serve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s&rsquo;est install\u00e9 en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend \u00e0 se r\u00e9pandre \u00e0 la Guyane et \u00e0 la R\u00e9union.<br>Aucune de nos revendications n&rsquo;est ill\u00e9gitime. Aucune n&rsquo;est irrationnelle en soi, et surtout pas plus d\u00e9mesur\u00e9e que les rouages du syst\u00e8me auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc \u00eatre n\u00e9glig\u00e9e dans ce qu&rsquo;elle repr\u00e9sente, ni dans ce qu&rsquo;elle implique en relation avec l&rsquo;ensemble des autres revendications.<br>Car la force de ce mouvement est d&rsquo;avoir su organiser sur une m\u00eame base ce qui jusqu&rsquo;alors s&rsquo;\u00e9tait vu disjoint, voire isol\u00e9 dans la c\u00e9cit\u00e9 cat\u00e9gorielle &#8211; \u00e0 savoir les luttes jusqu&rsquo;alors inaudibles dans les administrations, les h\u00f4pitaux, les \u00e9tablissements scolaires, les entreprises, les collectivit\u00e9s territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou lib\u00e9rales&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj &#8211; qui est d&rsquo;allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait d\u00e9solidaris\u00e9 &#8211; est que la souffrance r\u00e9elle du plus grand nombre (confront\u00e9e \u00e0 un d\u00e9lire de concentrations \u00e9conomiques, d&rsquo;ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien r\u00e9elles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubli\u00e9s, invisibles et autres souffrants ind\u00e9chiffrables de nos soci\u00e9t\u00e9s. La plupart de ceux qui y d\u00e9filent en masse d\u00e9couvrent (ou recommencent \u00e0 se souvenir) que l&rsquo;on peut saisir l&rsquo;impossible au collet, ou enlever le tr\u00f4ne de notre renoncement \u00e0 la fatalit\u00e9.<br>Cette gr\u00e8ve est donc plus que l\u00e9gitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui d\u00e9faillent, temporisent, tergiversent, faillissent \u00e0 lui porter des r\u00e9ponses d\u00e9centes, se rapetissent et se condamnent.<br><br>D\u00e8s lors, derri\u00e8re le prosa\u00efque du \u00a0\u00bb pouvoir d&rsquo;achat \u00a0\u00bb ou du \u00a0\u00bb panier de la m\u00e9nag\u00e8re \u00ab\u00a0, se profile l&rsquo;essentiel qui nous manque et qui donne du sens \u00e0 l&rsquo;existence, \u00e0 savoir&nbsp;: le po\u00e9tique. Toute vie humaine un peu \u00e9quilibr\u00e9e s&rsquo;articule entre, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les n\u00e9cessit\u00e9s imm\u00e9diates du boire-survivre-manger (en clair&nbsp;: le prosa\u00efque)&nbsp;; et, de l&rsquo;autre, l&rsquo;aspiration \u00e0 un \u00e9panouissement de soi, l\u00e0 o\u00f9 la nourriture est de dignit\u00e9, d&rsquo;honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualit\u00e9, d&rsquo;amour, de temps libre affect\u00e9 \u00e0 l&rsquo;accomplissement du grand d\u00e9sir intime (en clair&nbsp;: le po\u00e9tique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivrepour- soi n&rsquo;ouvrent \u00e0 aucune pl\u00e9nitude sans le donner-\u00e0-vivre \u00e0 ce que nous aimons, \u00e0 ceux que nous aimons, aux impossibles et aux d\u00e9passements auxquels nous aspirons. La \u00a0\u00bb hausse des prix \u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb la vie ch\u00e8re \u00a0\u00bb ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruaut\u00e9 spontan\u00e9e, ou de la seule cuisse de quelques purs b\u00e9k\u00e9s. Ce sont les r\u00e9sultantes d&rsquo;une dentition de syst\u00e8me o\u00f9 r\u00e8gne le dogme du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique. Ce dernier s&rsquo;est empar\u00e9 de la plan\u00e8te, il p\u00e8se sur la totalit\u00e9 des peuples, et il pr\u00e9side dans tous les imaginaires &#8211; non \u00e0 une \u00e9puration ethnique, mais bien \u00e0 une sorte \u00a0\u00bb d&rsquo;\u00e9puration \u00e9thique \u201d (entendre&nbsp;: d\u00e9senchantement, d\u00e9sacralisation, d\u00e9symbolisation, d\u00e9construction m\u00eame) de tout le fait humain. Ce syst\u00e8me a confin\u00e9 nos existences dans des individuations \u00e9go\u00efstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent \u00e0 deux mis\u00e8res profondes&nbsp;: \u00eatre \u00a0\u00bb consommateur \u00a0\u00bb ou bien \u00eatre \u00a0\u00bb producteur \u00ab\u00a0. Le consommateur ( Cf. &#8211; Jean-Claude Mich\u00e9a &#8211; L&rsquo;Empire du moindre mal. Coll. Climats &#8211; 2007 &#8211; Ed Flammarion.) ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise&nbsp;; et le producteur r\u00e9duisant sa production \u00e0 l&rsquo;unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasm\u00e9es sans limites. L&rsquo;ensemble ouvre \u00e0 cette socialisation anti-sociale, dont parlait Andr\u00e9 Gorz, et o\u00f9 l&rsquo;\u00e9conomique devient ainsi sa propre finalit\u00e9 et d\u00e9serte tout le reste.<br><br>Alors, quand le \u00a0\u00bb prosa\u00efque \u00a0\u00bb n&rsquo;ouvre pas aux \u00e9l\u00e9vations du \u00a0\u00bb po\u00e9tique \u00ab\u00a0, quand il devient sa propre finalit\u00e9 et se consume ainsi, nous avons tendance \u00e0 croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont \u00a0\u00bb le pouvoir d&rsquo;achat \u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb le panier de la m\u00e9nag\u00e8re \u00ab\u00a0. Et pire&nbsp;: nous finissons par penser que la gestion vertueuse des mis\u00e8res les plus intol\u00e9rables rel\u00e8ve d&rsquo;une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d&rsquo;escorter les \u00a0\u00bb produits de premi\u00e8res n\u00e9cessit\u00e9s \u00ab\u00a0, d&rsquo;une autre cat\u00e9gorie de denr\u00e9es ou de facteurs qui rel\u00e8veraient r\u00e9solument d&rsquo;une \u00a0\u00bb haute n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab\u00a0.<br><br>Par cette id\u00e9e de \u00a0\u00bb haute n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab\u00a0, nous appelons \u00e0 prendre conscience du po\u00e9tique d\u00e9j\u00e0 en oeuvre dans un mouvement qui, au-del\u00e0 du pouvoir d&rsquo;achat, rel\u00e8ve d&rsquo;une exigence existentielle r\u00e9elle, d&rsquo;un appel tr\u00e8s profond au plus noble de la vie.<br><br>Alors que mettre dans ces \u00a0\u00bb produits \u00a0\u00bb de haute n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;? C&rsquo;est tout ce qui constitue le coeur de notre souffrant d\u00e9sir de faire peuple et nation, d&rsquo;entrer en dignit\u00e9 sur la grand-sc\u00e8ne du monde, et qui ne se trouve pas aujourd&rsquo;hui au centre des n\u00e9gociations en Martinique et en Guadeloupe, et bient\u00f4t sans doute en Guyane et \u00e0 la R\u00e9union.<br><br>D&rsquo;abord, il ne saurait y avoir d&rsquo;avanc\u00e9es sociales qui se contenteraient d&rsquo;elles-m\u00eames. Toute avanc\u00e9e sociale ne se r\u00e9alise vraiment que dans une exp\u00e9rience politique qui tirerait les le\u00e7ons structurantes de ce qui s&rsquo;est pass\u00e9. Ce mouvement a mis en exergue le tragique \u00e9miettement institutionnel de nos pays, et l&rsquo;absence de pouvoir qui lui sert d&rsquo;ossature. Le \u00a0\u00bb d\u00e9terminant \u00a0\u00bb ou bien le \u00a0\u00bb d\u00e9cisif \u00a0\u00bb s&rsquo;obtient par des voyages ou par le t\u00e9l\u00e9phone. La comp\u00e9tence n&rsquo;arrive que par des \u00e9missaires. La d\u00e9sinvolture et le m\u00e9pris r\u00f4dent \u00e0 tous les \u00e9tages. L&rsquo;\u00e9loignement, l&rsquo;aveuglement et la d\u00e9formation pr\u00e9sident aux analyses. L&rsquo;imbroglio des pseudos pouvoirs R\u00e9gion- D\u00e9partement-Pr\u00e9fet, tout comme cette chose qu&rsquo;est l&rsquo;association des maires, ont montr\u00e9 leur impuissance, m\u00eame leur effondrement, quand une revendication massive et s\u00e9rieuse surgit dans une entit\u00e9 culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la m\u00e9tropole administrante, mais qui ne s&rsquo;est jamais vue trait\u00e9e comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite saut\u00e9 par-dessus nos \u00a0\u00bb pr\u00e9sidents locaux \u00a0\u00bb pour s&rsquo;en aller mander ailleurs. H\u00e9las, toute victoire sociale qui s&rsquo;obtiendrait ainsi (dans ce bond pardessus nous-m\u00eames), et qui s&rsquo;arr\u00eaterait l\u00e0, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.<br><br>Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir \u00e0 une force politique de renouvellement et de projection apte \u00e0 nous faire acc\u00e9der \u00e0 la responsabilit\u00e9 de nous-m\u00eames par nous-m\u00eames et au pouvoir de nous-m\u00eames sur nous-m\u00eames. Et m\u00eame si un tel pouvoir ne r\u00e9soudrait vraiment aucun de ces probl\u00e8mes, il nous permettrait \u00e0 tout le moins de les aborder d\u00e9sormais en saine responsabilit\u00e9, et donc de les traiter enfin plut\u00f4t que d&rsquo;acquiescer aux sous-traitances. La question b\u00e9k\u00e9e et des ghettos qui germent ici o\u00f9 l\u00e0, est une petite question qu&rsquo;une responsabilit\u00e9 politique endog\u00e8ne peut r\u00e9gler. Celle de la r\u00e9partition et de la protection de nos terres \u00e0 tous points de vue aussi. Celle de l&rsquo;accueil pr\u00e9f\u00e9rentiel de nos jeunes tout autant. Celle d&rsquo;une autre Justice ou de la lutte contre les fl\u00e9aux de la drogue en rel\u00e8ve largement&#8230; Le d\u00e9ficit en responsabilit\u00e9 cr\u00e9e amertume, x\u00e9nophobie, crainte de l&rsquo;autre, confiance r\u00e9duite en soi&#8230; La question de la responsabilit\u00e9 est donc de haute n\u00e9cessit\u00e9. C&rsquo;est dans l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 collective que se nichent les blocages persistants dans les n\u00e9gociations actuelles. Et c&rsquo;est dans la responsabilit\u00e9 que se trouve l&rsquo;invention, la souplesse, la cr\u00e9ativit\u00e9, la n\u00e9cessit\u00e9 de trouver des solutions endog\u00e8nes praticables. C&rsquo;est dans la responsabilit\u00e9 que l&rsquo;\u00e9chec ou l&rsquo;impuissance devient un lieu d&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9ritable et de maturation. C&rsquo;est en responsabilit\u00e9 que l&rsquo;on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui rel\u00e8ve de l&rsquo;essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.<br>Ensuite, il y a la haute n\u00e9cessit\u00e9 de comprendre que le labyrinthe obscur et ind\u00e9m\u00ealable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits ind\u00e9cents) est inscrit dans une logique de syst\u00e8me lib\u00e9ral marchand, lequel s&rsquo;est \u00e9tendu \u00e0 l&rsquo;ensemble de la plan\u00e8te avec la force aveugle d&rsquo;une religion.<br>Ils sont aussi ench\u00e2ss\u00e9s dans une absurdit\u00e9 coloniale qui nous a d\u00e9tourn\u00e9s de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos r\u00e9alit\u00e9s culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires europ\u00e9ens. C&rsquo;est comme si la France avait \u00e9t\u00e9 format\u00e9e pour importer toute son alimentation et ses produits de grande n\u00e9cessit\u00e9 depuis des milliers et des milliers de kilom\u00e8tres. N\u00e9gocier dans ce cadre colonial absurde avec l&rsquo;insondable cha\u00eene des op\u00e9rateurs et des interm\u00e9diaires peut certes am\u00e9liorer quelque souffrance dans l&rsquo;imm\u00e9diat&nbsp;; mais l&rsquo;illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balay\u00e9e par le principe du \u00a0\u00bb March\u00e9 \u00a0\u00bb et par tous ces m\u00e9canismes que cr\u00e9ent un nuage de voracit\u00e9s, (donc de profitations nourries par \u00a0\u00bb l&rsquo;esprit colonial \u00a0\u00bb et r\u00e9gul\u00e9es par la distance) que les primes, gels, am\u00e9nagements vertueux, r\u00e9ductions opportunistes, pianotements d\u00e9risoires de l&rsquo;octroi de mer, ne sauraient endiguer. Il y a donc une haute n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 nous vivre carib\u00e9ens dans nos imports-exports vitaux, \u00e0 nous penser am\u00e9ricain pour la satisfaction de nos n\u00e9cessit\u00e9s, de notre autosuffisance \u00e9nerg\u00e9tique et alimentaire. L&rsquo;autre tr\u00e8s haute n\u00e9cessit\u00e9 est ensuite de s&rsquo;inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n&rsquo;est pas une perversion mais bien la pl\u00e9nitude hyst\u00e9rique d&rsquo;un dogme. La haute n\u00e9cessit\u00e9 est de tenter tout de suite de jeter les bases d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 non \u00e9conomique, o\u00f9 l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9veloppement \u00e0 croissance continuelle serait \u00e9cart\u00e9e au profit de celle d&rsquo;\u00e9panouissement&nbsp;; o\u00f9 emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de cr\u00e9ation de soi et de parach\u00e8vement de l&rsquo;humain. Si le capitalisme (dans son principe tr\u00e8s pur qui est la forme contemporaine) a cr\u00e9\u00e9 ce Frankenstein consommateur qui se r\u00e9duit \u00e0 son panier de n\u00e9cessit\u00e9s, il engendre aussi de bien lamentables \u00a0\u00bb producteurs \u00a0\u00bb &#8211; chefs d&rsquo;entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes &#8211; incapables de tressaillements en face d&rsquo;un sursaut de souffrance et de l&rsquo;imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un autre imaginaire politique, \u00e9conomique, social et culturel. Et l\u00e0, il n&rsquo;existe pas de camps diff\u00e9rents. Nous sommes tous victimes d&rsquo;un syst\u00e8me flou, globalis\u00e9, qu&rsquo;il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irr\u00e9ductible, cette haute n\u00e9cessit\u00e9 qu&rsquo;il nous faut r\u00e9veiller, \u00e0 savoir&nbsp;: vivre la vie, et sa propre vie, dans l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus \u00e9panouissant. Ce qui revient \u00e0 vivre sa vie, et la vie, dans toute l&rsquo;ampleur du po\u00e9tique.<br><br>On peut mettre la grande distribution \u00e0 genoux en mangeant sain et autrement.<br>On peut renvoyer la SARA (Soci\u00e9t\u00e9 Anonyme de Raffinerie des Antilles) et les compagnies p\u00e9troli\u00e8res aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.<br>On peut endiguer les agences de l&rsquo;eau, leurs prix exorbitants, en consid\u00e9rant la moindre goutte sans attendre comme une denr\u00e9e pr\u00e9cieuse, \u00e0 prot\u00e9ger partout, \u00e0 utiliser comme on le ferait des derni\u00e8res chiquetailles d&rsquo;un tr\u00e9sor qui appartient \u00e0 tous.<br><br>On ne peut vaincre ni d\u00e9passer le prosa\u00efque en demeurant dans la caverne du prosa\u00efque, il faut ouvrir en po\u00e9tique, en d\u00e9croissance et en sobri\u00e9t\u00e9. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd&rsquo;hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de sant\u00e9, t\u00e9l\u00e9phonie mobile&#8230;) ne sauraient ni ne pourraient y r\u00e9sister. Enfin, sur la question des salaires et de l&#8217;emploi. L\u00e0 aussi il nous faut d\u00e9terminer la haute n\u00e9cessit\u00e9. Le capitalisme contemporain r\u00e9duit la part salariale \u00e0 mesure qu&rsquo;il augmente sa production et ses profits. Le ch\u00f4mage est une cons\u00e9quence directe de la diminution de son besoin de main d&rsquo;oeuvre. Quand il d\u00e9localise, ce n&rsquo;est pas dans la recherche d&rsquo;une main d&rsquo;oeuvre abondante, mais dans le souci d&rsquo;un effondrement plus acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de la part salariale. Toute d\u00e9flation salariale d\u00e9gage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. R\u00e9clamer une augmentation de salaire cons\u00e9quente n&rsquo;est donc en rien ill\u00e9gitime&nbsp;: c&rsquo;est le d\u00e9but d&rsquo;une \u00e9quit\u00e9 qui doit se faire mondiale.<br>Quant \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e du \u00a0\u00bb plein emploi \u00ab\u00a0, elle nous a \u00e9t\u00e9 clou\u00e9e dans l&rsquo;imaginaire par les n\u00e9cessit\u00e9s du d\u00e9veloppement industriel et les \u00e9purations \u00e9thiques qui l&rsquo;ont accompagn\u00e9e. Le travail \u00e0 l&rsquo;origine \u00e9tait inscrit dans un syst\u00e8me symbolique et sacr\u00e9 (d&rsquo;ordre politique, culturel, personnel) qui en d\u00e9terminait les ampleurs et le sens. Sous la r\u00e9gie capitaliste, il a perdu son sens cr\u00e9ateur et sa vertu \u00e9panouissante \u00e0 mesure qu&rsquo;il devenait, au d\u00e9triment de tout le reste, tout \u00e0 la fois un simple \u00a0\u00bb emploi \u00ab\u00a0, et l&rsquo;unique colonne vert\u00e9brale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achev\u00e9 de perdre toute signifiance quand, devenu lui-m\u00eame une simple marchandise, il s&rsquo;est mis \u00e0 n&rsquo;ouvrir qu&rsquo;\u00e0 la consommation.<br><br>Nous sommes maintenant au fond du gouffre. Il nous faut donc r\u00e9installer le travail au sein du po\u00e9tique. M\u00eame acharn\u00e9, m\u00eame p\u00e9nible, qu&rsquo;il redevienne un lieu d&rsquo;accomplissement, d&rsquo;invention sociale et de construction de soi, ou alors qu&rsquo;il en soit un outil secondaire parmi d&rsquo;autres. Il y a des myriades de comp\u00e9tences, de talents, de cr\u00e9ativit\u00e9s, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment st\u00e9rilis\u00e9s dans les couloirs ANPE et les camps sans barbel\u00e9s du ch\u00f4mage structurel n\u00e9 du capitalisme. M\u00eame quand nous nous serons d\u00e9barrass\u00e9s du dogme marchand, les avanc\u00e9es technologiques (vou\u00e9es \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la d\u00e9croissance s\u00e9lective) nous aiderons \u00e0 transformer la valeurtravail en une sorte d&rsquo;arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9quation d&rsquo;une activit\u00e9 \u00e0 haute incandescence cr\u00e9atrice. Le plein emploi ne sera pas du prosa\u00efque productiviste, mais il s&rsquo;envisagera dans ce qu&rsquo;il peut cr\u00e9er en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu&rsquo;il pourra permettre de solidarit\u00e9s, de partages, de soutiens aux plus d\u00e9mantel\u00e9s, de revitalisations \u00e9cologiques de notre environnement&#8230; Il s&rsquo;envisagera en \u00a0\u00bb tout ce qui fait que la vie vaut la peine d&rsquo;\u00eatre v\u00e9cue \u00ab\u00a0.<br>Il y aura du travail et des revenus de citoyennet\u00e9 dans ce qui stimule, qui aide \u00e0 r\u00eaver, qui m\u00e8ne \u00e0 m\u00e9diter ou qui ouvre aux d\u00e9lices de l&rsquo;ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonn\u00e9e dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l&rsquo;\u00e9tude ou de la consommation de haute n\u00e9cessit\u00e9 qui ouvre \u00e0 cr\u00e9ation &#8211; cr\u00e9aconsommation.<br>En valeur po\u00e9tique, il n&rsquo;existe ni ch\u00f4mage ni plein emploi ni assistanat, mais autor\u00e9g\u00e9n\u00e9ration et autor\u00e9organisation, mais du possible \u00e0 l&rsquo;infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur po\u00e9tique, le PIB des soci\u00e9t\u00e9s \u00e9conomiques r\u00e9v\u00e8le sa brutalit\u00e9.<br><br>Voici ce premier panier que nous apportons \u00e0 toutes les tables de n\u00e9gociations et \u00e0 leurs prolongements&nbsp;: que le principe de gratuit\u00e9 soit pos\u00e9 pour tout ce qui permet un d\u00e9gagement des cha\u00eenes, une amplification de l&rsquo;imaginaire, une stimulation des facult\u00e9s cognitives, une mise en cr\u00e9ativit\u00e9 de tous, un d\u00e9boul\u00e9 sans manman de l&rsquo;esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le th\u00e9\u00e2tre, la musique, la danse, les arts visuels, l&rsquo;artisanat, la culture et l&rsquo;agriculture&#8230; Qu&rsquo;il soit inscrit au porche des maternelles, des \u00e9coles, des lyc\u00e9es et coll\u00e8ges, des universit\u00e9s et de tous les lieux connaissance et de formation&#8230; Qu&rsquo;il ouvre \u00e0 des usages cr\u00e9ateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu&rsquo;il favorise tout ce qui permet d&rsquo;entrer en Relation (rencontres, contacts, coop\u00e9rations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualit\u00e9s impr\u00e9visibles du Tout-Monde&#8230; C&rsquo;est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de d\u00e9terminer l&rsquo;ampleur des exceptions. C&rsquo;est \u00e0 partir de ce principe que nous devrons imaginer des \u00e9chelles non marchandes allant du totalement gratuit \u00e0 la participation r\u00e9duite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire&#8230; C&rsquo;est le gratuit en son principe qui devrait s&rsquo;installer aux fondements de nos soci\u00e9t\u00e9s neuves et de nos solidarit\u00e9s imaginantes&#8230;<br><br>Projetons nos imaginaires dans ces hautes n\u00e9cessit\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un \u00a0\u00bb panier de m\u00e9nag\u00e8re \u00ab\u00a0, mais le souci d\u00e9multipli\u00e9 d&rsquo;une pl\u00e9nitude de l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;humain.<br><br>Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilit\u00e9 pleine, dans des soci\u00e9t\u00e9s martiniquaise guadeloup\u00e9enne guyanaise r\u00e9unionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes plan\u00e9taires contre le capitalisme et pour un monde \u00e9cologiquement nouveau.<br>Profitons de cette conscience ouverte, \u00e0 vif, pour que les n\u00e9gociations se nourrissent, se prolongent et s&rsquo;ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les n\u00f4tres.<br>An gwan lodyans qui ne craint ni ne d\u00e9serte les grands frissons de l&rsquo;utopie. Nous appelons donc \u00e0 ces utopies o\u00f9 le Politique ne serait pas r\u00e9duit \u00e0 la gestion des mis\u00e8res inadmissibles ni \u00e0 la r\u00e9gulation des sauvageries du \u00a0\u00bb March\u00e9 \u00ab\u00a0, mais o\u00f9 il retrouverait son essence au service de tout ce qui conf\u00e8re une \u00e2me au prosa\u00efque en le d\u00e9passant ou en l&rsquo;instrumentalisant de la mani\u00e8re la plus \u00e9troite.<br>Nous appelons \u00e0 une haute politique, \u00e0 un art politique, qui installe l&rsquo;individu, sa relation \u00e0 l&rsquo;Autre, au centre d&rsquo;un projet commun o\u00f9 r\u00e8gne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus \u00e9clatant, et donc de plus sensible \u00e0 la beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le gratuit en son principe qui devrait s&rsquo;installer aux fondements de nos soci\u00e9t\u00e9s neuves et de nos solidarit\u00e9s imaginantes.<br><br>Ainsi, chers compatriotes, en nous d\u00e9barrassant des archa\u00efsmes coloniaux, de la d\u00e9pendance et de l&rsquo;assistanat, en nous inscrivant r\u00e9solument dans l&rsquo;\u00e9panouissement \u00e9cologique de nos pays et du monde \u00e0 venir, en contestant la violence \u00e9conomique et le syst\u00e8me marchand, nous na\u00eetrons au monde avec une visibilit\u00e9 lev\u00e9e du post-capitalisme et d&rsquo;un rapport \u00e9cologique global aux \u00e9quilibres de la plan\u00e8te&#8230;. Alors voici notre vision&nbsp;: Petits pays, soudain au coeur nouveau du monde, soudain immenses d&rsquo;\u00eatre les premiers exemples de soci\u00e9t\u00e9s postcapitalistes, capables de mettre en oeuvre un \u00e9panouissement humain qui s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;horizontale pl\u00e9nitude du vivant&#8230;<br><br>Ernest BRELEUR<br>Patrick CHAMOISEAU<br>Serge DOMI<br>G\u00e9rard DELVER<br>Edouard GLISSANT<br>Guillaume PIGEARD DE GURBERT<br>Olivier PORTECOP<br>Olivier PULVAR<br>Jean-Claude WILLIAM<br><br>pour les \u201cproduits\u201d de haute n\u00e9cessit\u00e9<br>MANIFESTE<br>C o n c e p t i o n * L a u D r e<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>l&rsquo;essentiel qui nous manque et qui donne du sens \u00e0 l&rsquo;existence : le po\u00e9tique Martinique Guadeloupe Guyane R\u00e9unionErnest BRELEURPatrick CHAMOISEAUSerge DOMIG\u00e9rard DELVEREdouard GLISSANT Guillaume PIGEARD DE GURBERTOlivier PORTECOPOlivier PULVARJean-Claude WILLIAMManifeste pour les \u201cproduits\u201d de haute n\u00e9cessit\u00e9 \u00a0\u00bb Au moment o\u00f9 le ma\u00eetre, le colonisateur proclament \u00a0\u00bb il n&rsquo;y a jamais eu de peuple ici \u00ab\u00a0, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[128],"tags":[367,375,374,372,368,371,137,376,369,373,370],"class_list":["post-229","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-poeme-et-poesie","tag-aime-cesaire","tag-bidonville","tag-capitalisme","tag-colonisation","tag-guadeloupe","tag-guyanne","tag-jeunesse","tag-justice","tag-martinique","tag-politique","tag-reunion"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - 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